Arthrose du genou et risque de chutes après 60 ans : ce que vous devez savoir

L'arthrose du genou double le risque de chutes après 60 ans. Découvrez pourquoi, comment évaluer votre risque avec le test TUG, et quels exercices réduisent ce danger. Par Kinoa Santé.

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Arthrose du genou et risque de chutes après 60 ans : ce que vous devez savoir

En un coup d'œil 👁️

  • Les personnes vivant avec l'arthrose du genou ont un risque de chute significativement plus élevé que les personnes du même âge sans arthrose, un lien direct avec la faiblesse musculaire, les déficits d'équilibre et les modifications du patron de marche.
  • Le test TUG (Timed Up and Go) est un indicateur simple et validé : si vous mettez plus de 12 secondes pour vous lever, marcher 3 mètres et revenir vous asseoir, votre risque de chute est considéré comme élevé.
  • Un programme structuré de renforcement musculaire et d'équilibre, supervisé par un kinésiologue ou physiothérapeute, peut réduire significativement ce risque en 8 à 12 semaines.

Une chute. Pour beaucoup de Québécois de 60 ans et plus, c'est l'événement qu'on redoute le plus : celui qui peut changer une vie en quelques secondes. Une fracture de la hanche, une hospitalisation, une perte d'autonomie. Et pourtant, ce risque est rarement discuté ouvertement dans le contexte de l'arthrose du genou.

Dans notre accompagnement des patients qui vivent avec la gonarthrose au Québec, nous constatons régulièrement que le lien entre arthrose du genou et risque de chutes est sous-estimé. Pourtant, la recherche est claire : l'arthrose du genou n'est pas seulement une source de douleur. Elle affecte directement votre équilibre, votre stabilité et votre capacité à réagir rapidement quand vous perdez pied.

Dans cet article, nous vous expliquons pourquoi l'arthrose du genou augmente le risque de chutes après 60 ans, comment évaluer votre propre risque, et quels exercices peuvent vous aider à retrouver confiance et stabilité.


Pourquoi l'arthrose du genou augmente-t-elle le risque de chutes ?

Une revue systématique publiée dans Clinical Interventions in Aging conclut que la gonarthrose, via la douleur, la faiblesse musculaire et les troubles de la marche, est associée à un risque de chutes et de chutes répétées significativement plus élevé chez les adultes de 60 ans et plus (Mat et al., 2017).

Plusieurs mécanismes directement liés à la gonarthrose expliquent cette vulnérabilité accrue.

1. La faiblesse des muscles du genou

Le quadriceps, le grand muscle à l'avant de la cuisse, est le principal stabilisateur du genou. Dans l'arthrose du genou, il s'affaiblit progressivement pour deux raisons : la douleur réduit l'activité physique, et le système nerveux inhibe réflexivement les contractions musculaires autour d'une articulation douloureuse. Ce phénomène s'appelle l'inhibition musculaire artrogène.

Des recherches montrent que les patients avec arthrose du genou présentent des réductions de force du quadriceps de l'ordre de 20 à 40 % par rapport aux personnes sans arthrose du même âge (Rice et McNair, 2010).

Un quadriceps affaibli signifie moins de contrôle du genou à la descente d'escaliers, moins de capacité à se rattraper lors d'une perte d'équilibre, et une moins grande stabilité sur terrain inégal.

2. Les déficits proprioceptifs

La proprioception, c'est la capacité de votre corps à savoir où se trouvent vos membres dans l'espace sans regarder. L'arthrose du genou détériore les récepteurs sensoriels présents dans la capsule articulaire, le cartilage et les ligaments, ces capteurs qui envoient en temps réel des informations au cerveau sur la position et le mouvement du genou.

Des études comparatives montrent une proprioception significativement dégradée au genou arthrosique comparativement au genou sain, avec des perturbations directes de la marche et de l'équilibre (Sharma et al., 1997 ; Hall et al., 1999).

Résultat concret : les personnes avec l'arthrose du genou réagissent plus lentement aux perturbations de l'équilibre. C'est souvent ce déficit, invisible à l'oeil nu, qui explique une chute qui survient sans raison apparente.

3. Les modifications du patron de marche

L'arthrose du genou ralentit la marche, crée des asymétries de mise en charge et augmente la variabilité des pas. Ces modifications biomécaniques sont directement corrélées à une incapacité fonctionnelle accrue et à un risque de chute plus élevé (Kiss, 2010 ; Maly et al., 2006).

4. La douleur et la peur du mouvement

La kinésiophobie, soit la peur de bouger pour éviter la douleur, réduit l'activité physique globale, ce qui accélère le déconditionnement musculaire et aggrave encore le risque de chute. Des études montrent que la peur du mouvement et l'évitement d'activité sont associés à un niveau d'activité plus bas, une faible force musculaire et une progression plus rapide de l'incapacité dans la gonarthrose (Heuts et al., 2004).


Comment évaluer votre risque de chute : le test TUG

Le test TUG (Timed Up and Go) est l'outil le plus utilisé et le mieux validé pour évaluer le risque de chute chez les adultes de 60 ans et plus. Il est recommandé par l'OARSI comme test de référence dans l'arthrose du genou. Le TUG fait partie d'un ensemble de 5 tests de performance validés cliniquement pour évaluer votre fonction physique avec l'arthrose du genou : vous pouvez les réaliser chez vous (Podsiadlo et Richardson, 1991 ; Dobson et al., 2013).

Comment le faire chez vous

  1. Asseyez-vous sur une chaise sans accoudoirs, le dos contre le dossier
  2. Au signal, levez-vous, marchez 3 mètres, faites demi-tour, revenez vous asseoir
  3. Mesurez le temps total
Temps TUGInterprétation
Moins de 10 secondesMobilité normale, risque faible
10 à 12 secondesZone de surveillance, légèrement ralenti
12 à 14 secondesRisque de chute élevé, évaluation recommandée
Plus de 14 secondesRisque de chute très élevé, intervention prioritaire

(Shumway-Cook et al., 2000)

Ce test est indicatif. Seul un professionnel de santé peut interpréter ce résultat dans le contexte de votre condition globale.

La grande majorité des personnes vivant avec l'arthrose du genou entre 60 et 75 ans se situent entre 11 et 15 secondes au TUG, ce qui place beaucoup d'entre elles dans une zone où une intervention structurée est non seulement utile, mais réellement protectrice.


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Les exercices qui réduisent réellement le risque de chute

La bonne nouvelle : le risque de chute lié à l'arthrose du genou est largement modifiable. Des programmes combinant renforcement musculaire et entraînement à l'équilibre réduisent le risque de chute de 20 à 30 % chez les adultes de 60 à 80 ans, selon une revue systématique publiée dans l'International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity (Sherrington et al., 2020). Au-delà de la prévention des chutes, la kinésiologie permet de ralentir activement les effets du vieillissement sur le corps entier : force, endurance, équilibre, santé mentale.

Des essais cliniques spécifiques à la gonarthrose confirment des améliorations mesurables de l'équilibre, de la stabilité et des scores fonctionnels avec des programmes de 8 à 12 semaines (Bennell et al., 2010 ; Fransen et al., 2015).

Renforcement musculaire ciblé

Ces exercices renforcent le quadriceps, les ischio-jambiers, les abducteurs de hanche et les muscles du mollet, les principaux stabilisateurs du membre inférieur :

  • Lever de chaise lent (sit-to-stand contrôlé) : se lever et s'asseoir lentement, sans aide des mains si possible. C'est l'exercice fonctionnel le plus directement lié à la prévention des chutes.
  • Pont fessier : allongé sur le dos, soulever le bassin. Renforce la chaîne postérieure.
  • Élévation latérale de la jambe : debout ou allongé, lever la jambe sur le côté. Cible les abducteurs de hanche.
  • Montée de marche contrôlée : monter et descendre une marche lentement, avec contrôle excentrique à la descente.

Entraînement proprioceptif et équilibre

Ces exercices ré-entraînent le système nerveux à détecter et corriger les déséquilibres :

  • Station unipodale : tenir sur une jambe, 10 à 30 secondes, près d'un mur pour sécurité
  • Marche en tandem : marcher en plaçant un pied directement devant l'autre
  • Transferts de poids : debout, transférer doucement le poids d'un pied à l'autre, progressivement plus rapide

Fréquence recommandée

Les programmes les plus efficaces comportent 2 à 3 séances par semaine sur 8 à 12 semaines minimum. Un kinésiologue peut personnaliser la progression selon votre niveau de départ et votre tolérance à l'effort.


Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Faites le test TUG à la maison. Si vous dépassez 12 secondes, parlez-en à votre médecin ou demandez une évaluation auprès d'un kinésiologue ou physiothérapeute.

Ne réduisez pas votre activité par peur de tomber. L'immobilité affaiblit les muscles et aggrave les déficits d'équilibre, ce qui augmente encore davantage le risque de chute. Le mouvement adapté est votre meilleure protection.

Sécurisez votre environnement à la maison. Tapis antidérapants, bonne luminosité, main courante dans les escaliers : ces modifications simples réduisent le risque indépendamment de votre condition physique.

Commencez un programme supervisé. Deux ou trois séances par semaine avec un kinésiologue ou physiothérapeute suffisent pour produire des améliorations mesurables en moins de trois mois.

Parlez de votre risque de chute à votre équipe de soins. Votre médecin, votre physio ou votre kiné peut vous orienter vers les ressources adaptées à votre situation.


Ces informations sont fournies à titre éducatif. Kinoa Santé ne pose pas de diagnostic. Pour toute décision concernant votre santé, consultez un professionnel qualifié : médecin, physiothérapeute ou kinésiologue.


Vous voulez réduire activement votre risque de chute ? Un kinésiologue Kinoa Santé peut construire avec vous un programme d'équilibre adapté à votre condition, par téléconsultation, partout au Québec. Parler à un kinésiologue →


Questions fréquentes

L'arthrose du genou augmente-t-elle vraiment le risque de tomber ? Oui. Une revue systématique confirme que la gonarthrose est associée à un risque de chutes significativement plus élevé via la faiblesse musculaire, les déficits proprioceptifs et les modifications du patron de marche (Mat et al., 2017).

Comment savoir si mon risque de chute est élevé ? Le test TUG est l'outil le plus accessible. Un temps supérieur à 12 secondes est un signal clinique important (Shumway-Cook et al., 2000). D'autres signaux : une chute dans la dernière année, une sensation d'instabilité au genou, ou une difficulté à descendre les escaliers en contrôle.

Quels exercices sont les plus efficaces pour éviter les chutes ? Les programmes combinant renforcement musculaire ciblé et entraînement proprioceptif, pratiqués 2 à 3 fois par semaine pendant au moins 8 semaines, produisent des améliorations mesurables sur la stabilité et la vitesse de marche (Fransen et al., 2015 ; Bennell et al., 2010).

La peur de tomber est-elle normale avec l'arthrose du genou ? Tout à fait, et elle est compréhensible. Mais cette peur peut devenir un facteur de risque si elle conduit à réduire l'activité physique (Heuts et al., 2004). Une approche graduelle et encadrée est la meilleure façon de gérer à la fois la peur et le risque réel de chute.

Un kinésiologue peut-il m'aider à réduire mon risque de chute ? Oui. Un kinésiologue peut évaluer votre force, votre équilibre et votre mobilité, puis concevoir un programme personnalisé adapté à votre condition. Cette démarche est complémentaire au suivi médical et physiothérapeutique.


Sources scientifiques

Mat S, Tan MP, Kamaruzzaman SB, Ng CT. Fall-related factors among older adults with knee osteoarthritis: a systematic review. Clin Interv Aging. 2017;12:1825–1837.

Rice DA, McNair PJ. Quadriceps arthrogenic muscle inhibition: neural mechanisms and treatment perspectives. Semin Arthritis Rheum. 2010;40(3):250–266.

Sharma L, Pai YC, Holtkamp K, Rymer WZ. Is knee joint proprioception worse in the arthritic knee versus the unaffected knee in unilateral knee osteoarthritis? Arthritis Rheum. 1997;40(8):1518–1525.

Hall MC, Mockett SP, Doherty M. Relative impact of pain and stiffness on proprioception, steadiness of gait and balance in knee osteoarthritis. Ann Rheum Dis. 1999;58(2):107–112.

Kiss RM. Effect of walking speed and severity of knee osteoarthritis on gait variability. J Electromyogr Kinesiol. 2010;20(6):1089–1095.

Maly MR, Costigan PA, Olney SJ. Determinants of self-reported physical function in people with knee osteoarthritis. Arch Phys Med Rehabil. 2006;87(1):96–104.

Heuts PH, Vlaeyen JW, Roelofs J, et al. Pain-related fear and daily functioning in patients with osteoarthritis. Pain. 2004;110(1-2):228–235.

Podsiadlo D, Richardson S. The Timed "Up & Go": a test of basic functional mobility for frail elderly persons. J Am Geriatr Soc. 1991;39(2):142–148.

Shumway-Cook A, Brauer S, Woollacott M. Predicting the probability for falls in community-dwelling older adults using the Timed Up & Go Test. Phys Ther. 2000;80(9):896–903.

Dobson F, et al. OARSI recommended performance-based tests to assess physical function in people diagnosed with hip or knee osteoarthritis. Osteoarthritis Cartilage. 2013;21(8):1042–1052.

Sherrington C, Fairhall N, Kwok W, et al. Evidence on physical activity and falls prevention for people aged 65+ years. Int J Behav Nutr Phys Act. 2020;17(1):144.

Bennell KL, Hunt MA, Wrigley TV, et al. The effects of hip strengthening exercises on stability, pain, and function in individuals with knee osteoarthritis. Arthritis Rheum. 2010;62(7):1883–1891.

Fransen M, McConnell S, Harmer AR, et al. Exercise for osteoarthritis of the knee. Cochrane Database Syst Rev. 2015;1:CD004376.


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